°C-ute Canapé

samedi 31 mai 2014

"La Vie devant soi" de Romain Gary


J'ai lu ce livre dans le cadre du Cluedo littéraire et du challenge Comme à l'école.

Quatrième de couverture
Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d'amour d'un petit garçon arable pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que "ça ne pardonne pas" et parce qu'il n'est "pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur". Le petit garçon l'aidera à se cacher dans son "trou juif", elle n'ira pas mourir à l'hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré "des peuples à disposer d'eux-mêmes" qui n'est pas respecté par l'Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu'à ce qu'elle meure et même au-delà de la mort.

Mon avis
J'avoue que ce roman m'a un peu remuée, et pendant un bon moment, alors que je le lisais, je ne savais pas trop quoi en penser. Il faut que j'avoue aussi que j'ai du mal avec les livres tristes, parce que je suis trop sensible, et que ça me crée des heures de déprime. Alors, oui, c'est une belle histoire d'amour, mais c'est aussi un livre triste, car il nous dépeint la misère avec un grand M, dans une société où des petits garçons sont déjà des vieillards, parce que malgré leur âge qui tient sur dix doigts, ils ont déjà trop vécu :
"Je le regardais, les mains dans les poches, et je lui ai souri, mais je ne lui ai rien dit parce qu'à quoi bon, c'était un jeune mec de trente ans qui avait encore tout à apprendre."
Cette société est toujours là. Ces gamins de dix ans, sans enfance, sans innocence, ils existent. Demandez-leur de raconter une scène du quotidien, et ils y mettront des armes à feu, de la drogue, "parce que c'est le quotidien, madame". Les Misérables sont toujours d'actualité, et La Vie devant soi peut être perçu comme une réécriture de ce chef d’œuvre de Victor Hugo :
"Un jour, j'écrirai les misérables, moi aussi, Monsieur Hamil."
Momo aspire à deux choses principalement. D'une part, il souhaite connaître cette jeunesse dont il a été privé, et ainsi cesser d'être un misérable :
"Un jour, j'irai à Nice, moi aussi, quand je serai jeune."
D'autre part, il souhaite sauver Madame Rosa de sa misère. Au-delà de sa pauvreté, la vieille femme est misérable car elle est vouée à devenir un "légume" au nom des progrès de la médecine. On aborde ainsi l'un des principaux thèmes du roman de Romain Gary : l'euthanasie. C'est sans cesse l'absurdité du discours de la médecine qui est mise en avant :
"Le docteur Katz m'avait dit quand j'étais revenu le voir trois fois qu'il y avait un Américain qui est resté dix-sept ans sans rien savoir comme un légume à l'hôpital où on le prolongeait en vie par des moyens médicaux et c'était un record du monde. C'est toujours en Amérique qu'il y a les champions du monde. Le docteur Katz m'a dit qu'on ne pouvait plus rien pour elle mais qu'avec des bons soins à l'hôpital elle pouvait en avoir pour des années."
Le roman renverse l'argument principal contre l'euthanasie, à savoir que c'est une pratique barbare, indigne d'un pays civilisé, en mettant la barbarie du côté des médecins :
"Chez nous, c'est encore plus vache que dans la nature, car il est interdit d'avorter les vieux quand la nature les étouffe lentement et qu'ils ont les yeux qui sortent de la tête."
Le fait de forcer les vieux à vivre lorsqu'ils ne le veulent plus est comparé à de la torture, et l'Ordre des Médecins est très clairement assimilé, à un moment donné à la Gestapo. Madame Rosa dit avoir peur d'être dénoncée, comme elle l'a été lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Publié en 1975, La Vie devant soi est donc un roman toujours d'actualité, soulevant un débat qui n'a toujours pas été résolu, et qui ne peut finalement pas laisser indifférent.

16/20
Bon moment de lecture

4 commentaires:

  1. Je viens de le terminer et comme toi, j'ai beaucoup aimé cette lecture! Cette histoire d'amour est vraiment très touchante! =)

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    1. Je suis contente de voir que quelqu'un partage mon ressenti. ^_^

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  2. Je pensais que je t'avais déjà laissé un comm (quel tête en l'air XD)
    C'est vrai qu'il est toujours d'actualité et c'est déprimant de s'en rendre compte ^^ Le personnage de Mme Rosa est très fort. EN fait, rien que de repenser à cette lecture ça me déprime XD CAr les personnages ont tous un côté tragiques...

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    1. Oui, c'est un lire bien déprimant huhu^^'

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